Les femmes emblématiques
de CBC/Radio-Canada

Journalistes, animatrices de la télévision ou de la radio, membres du Conseil ou vice-présidentes, les femmes emblématiques présentées ici sont toutes des leaders dévouées au service public. Au fil des ans, leurs contributions ont transformé pour le mieux CBC/Radio-Canada et la société canadienne.

Cette section commémorative a été créée spécialement dans le cadre des célébrations du 75e anniversaire de CBC/Radio-Canada. Nous vous encourageons à en apprendre davantage sur ces femmes qui ont joué un rôle de premier plan dans l'évolution du radiodiffuseur public du Canada depuis 1936.

Il nous manque quelqu'un?

Y a-t-il une femme emblématique de CBC/Radio-Canada dont vous aimeriez parler?

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    • Michelle Tisseyre

      Michelle Tisseyre 1918-

      Michelle Tisseyre (née Ahern) est née en 1918 à Montréal. Suivant une formation d'institutrice, elle étudie en français au couvent du Sacré-Cœur de Sault-aux-Récollets et puis en anglais à l'Université McGill. En 1946, après 10 ans de mariage, elle obtient un divorce pour ensuite épouser Pierre Tisseyre, un écrivain et journaliste français, fondateur des Éditions Pierre Tisseyre.

      À partir des années 40 et jusqu'aux années 70, elle jouit d'une carrière réussie en tant que speakerine et animatrice d'émissions d'actualité et d'information à Radio-Canada. De 1942 à 1944, elle est la première femme francophone à présenter le grand radio-journal des Services français de Radio-Canada. En 1945, elle joint le Service international de Radio-Canada où elle co-anime La voix du Canada, émission destinée aux troupes canadiennes d'outremer et aux francophones qui restent sans nouvelles durant l'occupation allemande.

      Après quelques années de travail à la pige, Mme Tisseyre revient à Radio-Canada. Son retour correspond à l'avènement de la télévision. De 1953 à 1962, elle anime Rendez-vous avec Michelle, une émission d'entretiens avec des leaders culturels et des intellectuels ponctués par des performances artistiques, à l'exclusion de la politique.

      De 1955 à 1962, elle anime Music Hall, nouvelle émission à variétés visant à faire connaître les grands artistes français et francophones. En 1958, l'émission avait déjà attiré plus de 444 000 téléspectateurs québécois (soit 53% du public cible à l'époque), et approximativement 4 500 artistes s'étaient produits sur scène. Puis, entre 1963 et 1969, elle co-anime Aujourd'hui, la première grande émission quotidienne d'affaires publiques à Radio-Canada.

      Ses efforts ne sont pas uniquement concentrés dans la radiodiffusion. Elle est également comédienne au théâtre et se voit confié des rôles importants. En 1965, elle participe à L'Encyclopédie de la femme canadienne à titre d'auteure et directrice. Puisqu'elle s'intéresse au journalisme écrit, elle collabore à plusieurs revues.En 1970, elle commence à travailler auprès de son mari et fonde la Collection des Deux Solitudes pour partager les œuvres de Davies, Richler et Callaghan, pour ne nommer que ceux-là, avec les francophones.

      Michelle Tisseyre est le récipiendaire du trophée Frigon pour la meilleure animatrice à la télévision et du prix Miss Radio-Télévision pour l'artiste la plus populaire. En 1976, elle est nommée membre de l'Ordre du Canada et, en 1997, elle remporte la médaille d'or de la Renaissance française pour sa valorisation de la qualité de la langue française. En 1998, elle publie ses Mémoires intimes chez les Éditions Pierre Tisseyre.

    • Judith Jasmin

      Judith Jasmin 1916-1972

      Judith Jasmin est née en Terrebonne, Québec, en 1916. Étant d’une famille de moyens modestes, elle n’a pu faire aucune étude supérieure, mais sa carrière n’en est pas moins réussie. En fait, presque 40 ans après sa mort, elle demeure un des piliers du journalisme québécois.

      Durant les années 40, elle porte sa voix à un radio-roman de Robert Choquette intitulé La pension Velder et devient instantanément une vedette. Toutefois, cette première voie se révèle assez difficile sur le plan économique. Vers la fin des années 40, Mme Jasmin joint le Service international de Radio-Canada où elle rencontre René Lévesque. Il lui apprend les rudiments du métier qu’elle comprend intuitivement. Elle mène une relation amoureuse de courte durée avec lui. Durant cette période, Mme Jasmin anime l’émission radiophonique Carrefour avec Lévesque.

      En 1953, elle se joint à l’équipe des nouvelles télévisées de Radio-Canada où elle bâtit sa réputation sur les émissions comme Reportages et Conférence de presse. En 1966, Radio-Canada nomme Mme Jasmin Reporter aux Nations-Unies, puis à Washington.

      Durant tout ce temps, elle est très impliquée dans des mouvements sociaux et n’hésite pas à manifester dans la rue pour soutenir les causes qui lui tiennent à cœur. Elle est, par exemple, un membre fondateur du Mouvement laïque de langue française. Lors de la sortie en 1996 de la biographie de cette grand journaliste — Judith Jasmin, de feu et de flamme de Colette Beauchamp — Joane Prince décrit Mme Jasmin comme une femme qui « défiait les interdits ». Elle est considérée par des collègues comme un modèle pour beaucoup de femmes de métier et un modèle de fonctionnement pour ses homologues masculins.

      Après avoir remporté le Prix Olivar-Asselin en 1972, Mme Jasmin raconte sa vie et carrière à Wilfrid Lemoine, animateur de l’émission Format 60. Durant cette entrevue, elle s’exprime sur l’importance de l’objectivité en journalisme. Selon elle, travailler en Information, c’est présenter les faits sans commentaires ni éditoriaux : « l’objectivité c’est la nudité du fait. » À propos du rôle de la télévision dans la société, elle n’hésite pas à dire qu’il y a parfois un manque de réalisme dans la mesure où il y a des développements culturels importants dans la société qui sont négligées par la télévision. Elle cite entre autres le manque d’émissions portant sur la littérature québécoise.

      En 1974, après le décès de Mme Jasmin, le Prix Judith-Jasmin est créé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Ce prix prestigieux récompense annuellement les meilleures œuvres journalistiques de l'année en presse écrite, en ligne et électronique au Québec.

    • Barbara Frum

      Barbara Frum 1937-1992

      Née en 1937, Barbara Frum (née Rosberg) grandit à Niagara Falls, en Ontario. Elle étudie l'histoire à l'Université de Toronto et est l’épouse de Murray Frum.

      Ce n’est qu’à la fin des années 60 que Barbara Frum commence sa carrière de journaliste, après s'être consacrée avec dévouement à son rôle de mère et d'épouse pendant plusieurs années. Elle fait son entrée dans le monde du journalisme en rédigeant un grand dossier pour le Toronto Star sur un organisme de bienfaisance de Toronto. Peu de temps après, en 1967, Mme Frum devient la co-animatrice d’une émission d'actualités de CBC, The Way It Is, en compagnie de Patrick Watson. C'est dans le cadre de cette émission de radio que Barbara Frum se fait connaître comme une journaliste rigoureuse et audacieuse.

      En 1971, elle fait son entrée officielle à CBC Radio. Elle est l'une des voix de l'émission As it Happens, à une époque où la radio parvient difficilement à conserver ses auditoires en raison de la popularité croissance de la télévision. As it Happens est une émission novatrice, diffusée aux heures de grande écoute, qui rompt avec la formule traditionnelle de la tribune téléphonique : les animateurs font des interviews et téléphonent à partir du studio à une diversité de personnes, de politiciens et de leaders culturels afin de faire le point sur des événements d'actualité. L'émission existe encore aujourd'hui et demeure fidèle à sa formule originale.

      Le travail de Mme Frum en tant qu'animatrice ne passe pas inaperçu : en 1975, elle obtient le prix du Cercle national des journalistes du Canada pour sa contribution exceptionnelle au journalisme canadien. Puis, en 1979, elle est nommée officière de l'Ordre du Canada.

      En 1982, en compagnie de Mary Lou Finlay, Barbara Frum commence à animer The Journal, une émission d'actualités de 38 minutes. Ce passage à CBC Television coïncide avec le renouvellement du format de la télévision de CBC aux heures de grande écoute. Avec non pas une, mais deux animatrices, la création de l'émission The Journal a été considérée comme une victoire pour le féminisme au Canada.

      Durant sa carrière de journaliste, Barbara Frum s'intéresse de façon instinctive aux personnes confrontées à une extrême adversité, comme en témoigne son interview avec Nelson Mandela en 1990. Bien des gens ignorent cependant que Barbara Frum a elle-même longtemps vécu dans l'adversité, étant atteinte de la leucémie depuis de nombreuses années. En 1992, peu de temps après avoir interviewé Mordecai Richler, Mme Frum est admise à l'hôpital. Elle meurt subitement de sa maladie, laissant à un grand nombre de Canadiens le sentiment d'une grande perte.

      En juin 1993, Gérard Veilleux, alors président-directeur général de CBC/Radio-Canada,inaugure l'atrium Barbara-Frum au Centre canadien de radiodiffusion, pour honorer la mémoire de ce « guide inspirant » qu'elle a été au sein du journalisme canadien. La même année, CBC et l'Université de Toronto annoncent la création d'une bourse d'études portant son nom. En 1996, la fille de Mme Frum, Linda, publie le livre Barbara Frum : A Daugher’s Memoir, dans lequel elle rend hommage à sa mère et rappelle son dynamisme et sa passion pour la vie.

    • Carole Taylor

      Carole Taylor 1945-

      Carole Taylor est née à Toronto en 1945. Elle fréquente l’une des écoles secondaires les plus anciennes de Toronto, le Weston Collegiate. Elle obtient ensuite un baccalauréat ès arts en études anglaises décerné par le Collège Victoria de l’Université de Toronto.

      Carole Taylor commence sa carrière à la télévision alors qu’elle est encore étudiante au secondaire, en animant une émission pour adolescents, After Four, diffusée sur les ondes de CFTO à Toronto. Par la suite, elle apparaît dans plusieurs autres émissions de CFTO, dont Toronto Today, Topic, et anime sa propre émission le Carole Taylor Show. Elle est ensuite choisie comme co-animatrice de Canada AM présentée sur les ondes de CTV. Carole Taylor est également la première femme à animer l'émission W5 sur les ondes de CTV, au cours de laquelle elle fait plusieurs reportages dans des zones de conflit comme le Honduras, le Chili (durant la révolution) et Israël, où elle couvre la guerre du Kippour.

      En 1976, Mme Taylor épouse le maire de Vancouver, Art Phillips, et entre à CBC/Radio-Canada. Pendant dix ans, elle anime plusieurs séries de CBC Television, dont Pacific Report, Authors, Scene from Here et Vancouver Life.

      Carole Taylor se lance en politique en 1986, lorsqu'elle est élue au conseil municipal de Vancouver. Elle continue à apparaître occasionnellement à la télévision, notamment comme participante à l'émission Front Page Challenge de CBC.

      En mai 2001, le premier ministre Jean Chrétien la nomme présidente du Conseil d’administration de CBC/Radio-Canada et, à ce poste, elle défend passionnément les régions et le multiculturalisme à une époque où les radiodiffuseurs publics sont soumis à d’intenses pressions partout dans le monde.

      Dans une interview avec Shelagh Rogers à l'émission This Morning, Carole Taylor déclare : « Nous n'existons comme radiodiffuseur public que dans la mesure où nous sommes véritablement à l'écoute des voix régionales. Cependant, je n'aime pas lorsque des gens croient que l'expression régionale se résume à des personnes de la Colombie-Britannique qui parlent à d'autres personnes de la Colombie-Britannique ou à des personnes de Terre-Neuve qui parlent à d'autres personnes de Terre-Neuve. Je veux que ces histoires soient entendues à l'extérieur de St. John's et je veux que les gens d'Halifax entendent les histoires en provenance de la Saskatchewan. »

      Mme Taylor occupe son poste de présidente du Conseil pendant près de quatre ans et, en mars 2005, elle démissionne afin de faire un retour en politique. Elle est élue en 2005 députée libérale de la circonscription de Vancouver-Langara et devient ministre des Finances de la province. Elle est ensuite nommée présidente de l’Economic Advisory Council.

    • Michaëlle Jean

      Michaëlle Jean 1957-

      Michaëlle Jean est née à Port-au-Prince, en Haïti, en 1957. À la fin des années 60, elle quitte son pays pour venir se réfugier au Canada avec sa famille, qui s'établit à Thetford Mines, au Québec. Titulaire d'un baccalauréat ès arts en littérature et langues modernes, Mme Jean poursuit des études de maîtrise en littérature comparée. Elle est mariée au cinéaste français Jean-Daniel Lafond.

      Ayant grandi dans un environnement marqué par la violence familiale, Mme Jean œuvre pour aider les femmes et les enfants qui subissent ce type de violence. Sa compassion l'amène également à participer à la mise sur pied d'un réseau de refuges d'urgence dans l'ensemble du Canada. Après avoir coordonné une étude d'envergure sur la violence conjugale et effectué une recherche documentaire en Haïti sur la condition des femmes, Michaëlle Jean commence sa carrière à Radio-Canada. Elle est alors le premier reporter noir francophone à apparaître à l'antenne d'un journal télévisé au Canada.

      Au cours de sa carrière de journaliste, Mme Jean aborde une diversité de sujets importants, dont les Jeux olympiques, la réforme de l'enseignement, la censure, la maladie d'Alzheimer et le catholicisme. De 1991 à 1999, elle est présente à l'antenne de Radio-Canada dans les émissions Virages et Le point. Au RDI, elle travaille dans le cadre des émissions Le monde ce soir, L’Édition québécoise, Horizons francophones, le Journal RDI, RDI à l’écoute et Les grands reportages. Ses talents de journaliste s’expriment aussi à CBC Newsworld, où elle anime des émissions comme The Passionate Eye et Rough Cuts. À compter de 2004, elle est à la barre de sa propre émission d'actualités, Michaëlle.

      En 2005, alors qu'elle est chef d'antenne du Téléjournal de Radio-Canada, elle franchit une autre étape importante dans sa carrière : elle succède à Adrienne Clarkson au poste de gouverneure générale et devient la première personne noire à assumer cette fonction. Au moment de sa nomination, le premier ministre Paul Martin dit à son sujet : « Elle représente l'histoire du Canada. Elle représente ce que nous sommes, qui nous sommes et ce que nous voulons être. »

      Mme Jean déclare que la volonté de « briser les solitudes » a été omniprésente pendant son mandat. Cette devise continue de devenir une réalité, grâce à son engagement envers la liberté, l'égalité et la cohésion sociale pour tous les groupes sociaux au Canada et grâce à ses activités publiques – comme sa fondation qui préconise le changement social dans les milieux défavorisés, soutient les arts et les jeunes comme moteurs de changement et sensibilise les Canadiens à l'apport des arts à l'harmonie sociale.

      Au cours de sa carrière, Mme Jean remporte de nombreux prix, dont un prix Gemini en 2001 et le premier Prix de journalisme d’Amnistie internationale – Canada. En 2009, elle se voit décerner le Prix Canada du Fonds de développement des Nations unies pour la femme pour sa contribution extraordinaire à l’avancement de l’égalité des sexes. La même année, elle reçoit le Prix de reconnaissance de l’Excellence du Conseil d’administration de l’Institut national de la qualité grâce à sa contribution exceptionnelle à la qualité de vie des Canadiens.

    • Adrienne Clarkson

      Adrienne Clarkson 1936-

      Adrienne Clarkson (née Poy) voit le jour à Hong Kong et arrive au Canada avec ses parents comme réfugiée en 1942. Elle obtient un baccalauréat et une maîtrise en littérature anglaise du Collège Trinity (Université de Toronto). Elle fait également des études supérieures à la Sorbonne à Paris.

      Mme Clarkson, dont toute la carrière a été consacrée au service public et à la responsabilisation sociale, fait ses débuts à CBC/Radio-Canada. Passionnée par l'actualité, Adrienne Clarkson démontre, au cours de ses années passées comme animatrice et journaliste, qu'elle a un don pour démystifier les enjeux sociaux. Elle sait présenter un point de vue équilibré qui tient compte de l'ensemble des tendances idéologiques.

      À la fin des années 60 et au début des années 70 notamment, elle est co-animatrice de l'émission Take 30 aux côtés de Paul Soles. Cette émission, présentée en après-midi durant la semaine et regardée par un auditoire majoritairement féminin, est tout sauf une émission qui prône le statu quo. Mme Clarkson sensibilise les gens à des sujets jadis considérés comme tabous, tels que la grossesse chez les adolescentes, la violence et l'oppression contre les femmes, la censure et la pornographie. À l'émission Take 30, elle interviewe également de nombreuses personnalités du domaine artistique comme Joni Mitchell, Buffy Sainte-Marie, Leonard Cohen et Margaret Atwood.

      Adrienne Clarkson anime ensuite Adrienne at Large, une série documentaire, qui deviendra the fifth estate, une émission d'actualités où l’on examine la manière dont les institutions sociales peuvent changer la vie des gens pour le pire et comment on peut l
      es obliger à rendre des comptes. Sa contribution à la marque the fifth estate a laissé une trace durable : l'émission continue d'être la première émission de journalisme d'enquête au Canada et elle est encore diffusée à CBC Television aujourd’hui.

      L'émission Adrienne Clarkson’s Summer Festival, renommée ensuite Adrienne Clarkson Presents, est le point culminant de sa carrière à CBC/Radio-Canada. Présentée aux heures de grande écoute pendant une décennie, l’émission trace un portrait intime d'artistes en vogue, dont l'auteur Michel Tremblay et la musicienne-compositrice Diana Krall.

      Mme Clarkson est particulièrement estimée pour son rôle en tant que 26e gouverneure générale du Canada (1999-2005). À ce poste prestigieux, auquel elle est nommée par le premier ministre Jean Chrétien, elle reste fidèle aux valeurs de diplomatie et d'acceptation qu'elle a préconisées à l'antenne. Elle se fait un devoir d'accorder une place à chaque région du Canada, particulièrement au Nord canadien, et d'encourager les cultures linguistiques franco-canadiennes et québécoises.

      Dans toutes les facettes de son travail, que ce soit à titre de présidente de McClelland & Stewart, de réalisatrices de films, de membre d'un jury pour l'attribution d'un prix de littérature ou d’architecture ou de cofondatrice de l'Institut pour la citoyenneté canadienne, Mme Clarkson se pose comme l'un des plus ardents défenseurs des arts et de la culture au Canada.

      Le travail de Mme Clarkson est honoré au pays et à l'étranger. Elle est titulaire de 26 doctorats honorifiques, est agrégée supérieure au Collège Massey (Université de Toronto) et est membre titulaire honoraire de la Société royale du Canada.

    • Margaret Lyons

      Margaret Lyons 1923-

      Keiko Margaret Inouye est née en 1923 à Mission, en Colombie-Britannique. Elle passe son enfance dans une ferme spécialisée dans la culture de petits fruits, où il n'y a pas d'électricité, parlant japonais à la maison et excellant en anglais à l'école.

      En 1942, les Canadiens japonais sont chassés de la côte ouest par le gouvernement canadien en réaction à l'attaque du Japon contre Pearl Harbor. Avec sa famille, Margaret déménage à Winnipeg, où elle travaille comme employée de maison pendant deux ans.

      En 1949, Margaret Inouye, devenue titulaire d'un diplôme en économie de l'Université McMaster, épouse Edward Lyons et part s'établir à Londres, en Angleterre. Elle travaille comme réalisatrice à la radio pour la British Broadcasting Corporation (BBC) jusqu'à son retour au Canada, en 1960, où elle est embauchée par CBC.

      Elle commence sa carrière pour le radiodiffuseur public canadien à une période où les auditoires des émissions de radio traditionnelles sont en déclin, en raison du gain de popularité de la télévision. Ce contexte entraîne des changements importants dans la programmation et les émissions, et Margaret Lyons joue un rôle crucial dans le succès du « nouveau style » de CBC Radio.

      Mme Lyons joue un rôle de pionnière dans la participation des femmes à la radiodiffusion canadienne. En tant que première femme à exercer les fonctions de chef des actualités à CBC Radio, elle est à l'origine d'émissions phares comme Sunday Morning, Quirks & Quarks, As it Happens et Morningside.

      En plus d'être une visionnaire de la programmation des actualités, Mme Lyons a des dons de dépisteuse de talents. Elle embauche Mark Starowicz, qui a réalisé un certain nombre des émissions d'actualités et des documentaires les plus marquants de l'histoire de la radiodiffusion canadienne. Elle fait également connaître des voix comme celles de Barbara Frum dans l'émission As it Happens, et de Peter Gzowski dans les émissions Radio Free Friday et This Country in the Morning.

      Margaret Lyons devient ensuite la première femme à exercer les fonctions de directrice de la chaîne de radio AM de CBC et la première femme à occuper le poste de vice-présidente pour l'ensemble du réseau de radio anglais. Dans ce rôle, elle contribue à l'expansion de la chaîne FM — plus tard Radio 2 — dans l'ensemble du pays, afin que tous les Canadiens puissent avoir accès à la vie culturelle du pays, un avantage qu'elle n'a pas connu dans sa jeunesse.

      En 2009, Margaret Lyons est nommée membre de l'Ordre du Canada. On lui décerne également un doctorat honorifique de l'Université McMaster, où elle fait partie de divers conseils d'administration à titre de bénévole.

    • Trina Mcqueen

      Trina Mcqueen 1943-

      Catherine Margaret (Trina) McQueen est née à Belleville, en Ontario, en 1943. Elle obtient un diplôme en journalisme de l'Université Carleton et étudie également à l'Université de la Colombie-Britannique dans le cadre d'une bourse d'échange.

      Trina McQueen travaille d’abord pour le quotidien Ottawa Journal. Puis, recrutée par la chaîne de télévision CFTO au poste de reporter, elle est aussi co-présentatrice pendant la première année de l'émission W5.

      En 1967, elle est embauchée par CBC Television à Toronto en tant que rédactrice pour le bulletin de nouvelles locales avant de devenir reporter nationale. Au cours de ses 27 ans de carrière à CBC, Trina McQueen a souvent fait figure de pionnière, posant les jalons pour d'autres femmes dans le domaine de la radiodiffusion.

      Elle est devenue la première femme reporter apparaissant à l’écran pour le journal télévisé The National. Après neuf ans aux fonctions de reporter, réalisatrice et responsable des affectations, elle est la première femme nommée réalisatrice-coordonnatrice de The National en 1976, alors qu'elle âgée de 33 ans seulement. À ce titre, elle embauche des vedettes comme Knowlton Nash, Mike Duffy, Peter Mansbridge et Brian Stewart.

      En 1980, elle accepte le poste de directrice de la programmation réseau et la responsabilité de l'ensemble de la grille de CBC Television. En 1988, Mme McQueen effectue un retour au journalisme en tant que directrice des Nouvelles, des Actualités et de CBC Newsworld. À ce poste, elle supervise le lancement et le développement de CBC Newsworld et introduit la première série de documentaires indépendants à CBC. Elle est responsable de la couverture des élections fédérales, d’un référendum, de la crise constitutionnelle du lac Meech, de la fin de la guerre froide ainsi que de la première guerre du Golfe. En 1992, elle devient vice-présidente, Nouvelles et Actualités, à la Télévision anglaise, ce qui en fait la première femme à occuper un poste aussi haut placé au sein du radiodiffuseur canadien.

      Après son départ de CBC, Trina McQueen participe à la création de Discovery Channel, dont elle devient la présidente. En 1999, elle est nommée vice-présidente principale de CTV Inc., puis présidente et directrice de l'exploitation de cette entreprise en 2000. Trina McQueen occupe aujourd’hui un poste de professeur auxiliaire en gestion de la radiodiffusion à la Schulich School of Business de l'Université York.

      Tout au long de sa carrière, Mme McQueen joue un rôle actif dans l'industrie de la radiodiffusion : elle est présidente du Conseil de la télédiffusion de l'Association canadienne des radiodiffuseurs et du conseil d'administration de la Fondation de télévision de Banff; elle siège aussi aux conseils d'administration de Téléfilm Canada et du Fonds canadien de télévision. Son rapport sur les émissions dramatiques canadiennes soumis au CRTC conduit à l'instauration des règlements incitatifs pour la production de ce type d'émissions. Elle préside aussi un comité pansectoriel de l'industrie qui a établi un système de classement pour les émissions de télévision diffusées au Canada.

      Mme McQueen reçoit le titre d'officière de l'Ordre du Canada et est nommée au Canadian Broadcast Hall of Fame et au Canadian News Hall of Fame. Elle est récipiendaire de nombreuses distinctions et notamment du Prix d'excellence de la Fondation pour le journalisme canadien et du Banff World Television Festival Lifetime Achievement Award. Elle a siégé également au Conseil d'administration de CBC/Radio-Canada.

    • Jeanne Sauvé

      Jeanne Sauvé 1922-1993

      Née dans le village fransaskois de Prud’homme, en Saskatchewan, Jeanne Sauvé (née Benoît) est la fille d'Anna et de Charles-Albert Benoît. Mme Sauvé fait d’abord ses études à l'Université d'Ottawa, puis elle obtient un diplôme en civilisation française de la Sorbonne à Paris. En 1948, elle épouse Maurice Sauvé.

      Jeanne Sauvé est élevée par un père qui lui accorde une grande confiance, qui l'encourage à réussir tout ce qu'elle entreprend et à ne pas voir la différence des sexes comme un obstacle. À l'occasion d'une visite à la Chambre des communes, son père lui dit que, si elle est persévérante et qu’elle travaille fort, elle pourra un jour réussir aussi bien qu'Agnes McPhail, la première femme élue à la Chambre des communes.

      Jeune femme réputée pour son franc-parler et ses prises de position, Jeanne Sauvé entreprend tout naturellement une carrière de journaliste à Radio-Canada, comme animatrice de l'émission de radio Fémina. Rapidement, elle passe à la télévision où elle couvre la scène politique. Elle fait des apparitions à l'émission Les idées en marche aux côtés de Gérard Pelletier et, de 1956 à 1963, anime sa propre émission de télévision, Opinions, dans laquelle elle aborde une grande diversité de sujets, dont certains sont considérés comme très controversés à l'époque.

      Après le journalisme, le passage à la vie politique est pour elle une étape naturelle. En 1972, elle est élue députée dans la circonscription d'Ahuntsic (Montréal) pour le Parti libéral. En 1974, alors qu'on l'interroge sur son ascension rapide dans l'univers de la politique, Jeanne Sauvé répond que, même si la tâche demeure plus ardue pour les femmes, celles-ci peuvent surmonter les obstacles « en travaillant avec acharnement et en apprenant consciencieusement les règles du jeu ». Son travail et son dévouement vont porter leurs fruits lorsque Pierre Elliott Trudeau la nomme présidente de la Chambre des communes. Elle est la première femme à exercer ces fonctions dans l'histoire du Canada. On se souviendra de la réforme administrative qu'elle met en place, réduisant les dépenses excédentaires et améliorant l'ensemble du service.

      C'est également sous le gouvernement Trudeau que Mme Sauvé est nommée première femme gouverneure générale du Canada. En parlant de son nouveau rôle, elle déclare dans une interview à CBC que « si le gouverneur général réussissait à donner à la population un sens du pays et un sentiment de l'importance de la contribution que chaque personne fait à son pays, à son travail et à sa collectivité [...], ce serait considérable. » À l'occasion d'une cérémonie à la salle du Sénat, Pierre Elliott Trudeau déclare que la nomination d'une femme au poste de gouverneur général « représente une avancée pour la société canadienne. »

      Jeanne Sauvé est nommée compagnon de l'Ordre du Canada, commandeur de l'Ordre du mérite militaire et membre de l'Ordre du Nouveau-Brunswick.

    • Myra Cree

      Myra Cree 1937-2005

      Myra Cree, d’origine Mohawk, est née à la réserve Kanesatake en 1937. Fille et petite-fille de chefs Mohawk, elle découvre tôt un intérêt pour les langues et pour leurs complexités. Plus tard, le français devient sa langue de travail. Elle sort de l'école normale en 1958 et enseigne pendant deux ans avant d'orienter sa carrière vers les médias.

      En 1960, elle passe une année à l'antenne de la radio CKRS de Jonquière. Puis, elle travaille à la télévision de CHLT, à Sherbrooke.

      À partir de 1973, Myra Cree fait sa marque à Radio-Canada à Actualités 24. Ensuite, elle devient la première femme chef d'antenne au Téléjournal. Elle présente également le magazine d’information religieuse Second regard de 1978 à 1984.

      À compter de 1985, Myra revient à la radio à Radio-Canada sur les émissions L'humeur vagabonde et De toutes les couleurs.

      De 1987 à 2002, sa fantaisie créatrice plaît aux auditeurs de la radio de Radio-Canada où elle anime L'embarquement — uneémission qu’elle lance, et Cree et chuchotements.

      En plus de son travail dans le monde de la radiodiffusion où elle est souvent décrite comme « la voix de l’audace », Myra Cree demeure très active dans la promotion de la langue et de la culture autochtones. Par exemple, elle est l’un des membres fondateurs du Mouvement pour la justice et la paix à Oka Kanesatake, fondé en 1990.

      Elle est aussi membre du Conseil d'administration de Terres en vues, société pour la diffusion de la culture autochtone, et publie des articles dans la revue du même nom. En plus de collaborer à la rédaction du livre Les langues autochtones du Québec publié par le Conseil de la langue française du Québec, elle co-préside, en 1995, la campagne du 25e anniversaire de la revue Recherches amérindiennes. Enfin, elle se lie au Festival Présence autochtone de Montréal depuis ses débuts.

      En 1984, Myra Cree est le récipiendaire du Prix Judith Jasmin pour l’émission Choisir l’espérance. Depuis 1995, elle est un Chevalier de l’Ordre national du Québec.

      En 2004, elle remporte le Prix Gilson pour l'émission spéciale Il était une foi. La même année elle gagne le Prix Artiste pour la paix. Myra Cree meurt d’un cancer en 2005. L’année suivante, elle remporte le National Aboriginal Achievement Award, à titre posthume.